Le Cahier d'élevage

Par René Druais
Juge CNJF

Tenir à jour son cahier d'élevage semble une telle évidence dans le monde des éleveurs, que personne ne met en doute l'utilité de cette pratique. Du moins en théorie… car, dans la pratique, tout débutant s'aperçoit assez vite que ce n'est pas toujours évident, ni de tenir correctement ce cahier, ni d'obtenir d'un éleveur plus expérimenté les conseils pour le faire.

Comme dans d'autres domaines de l'élevage, il y a de multiples manières de procéder. Chacun, au fil du temps, adapte sa méthode en fonction de son temps, de sa personnalité, de son installation et des oiseaux qu'il élève. Mais, persuadés sans doute que leur technique n'est pas applicable par d'autres, peu d'éleveurs parlent en détails de leur façon de faire, alors que cela pourrait intéresser certains éleveurs débutants.

C'est à ces derniers que s'adresse cet article : après avoir présenté comment je procède (et il faut le prendre comme un exemple parmi tant d'autres et non comme un modèle), je voudrais exposer les différents avantages qu'un éleveur peut tirer d'un cahier d'élevage bien utilisé.

1°) Données de base

 Quelque soit leur support (cahier, grande feuille punaisée au mur de la pièce d'élevage, petites feuilles fixées au nid, à l'avant de la cage ou bois du nid sur lequel on écrit,…), les données de base sont indispensables :

- composition du couple
- dates de ponte puis de naissance
- changements éventuels de nids pour les œufs ou les jeunes
- numéros de bagues
- renseignements sur le déroulement de l'élevage
~ œufs clairs ou mal couvés
~ parents bons ou mauvais nourriciers
~ petits jetés hors du nid,…etc
 

Ces données sont notées au crayon gris sur une feuille (21*29.7) où sont représentées toutes mes cages, numérotées. Comme deux ou trois (rarement quatre) couples s'y succèdent dans la saison, il faut les distinguer par une lettre ( 3A, 3B, 3C par exemple) et utiliser successivement plusieurs feuilles elles-mêmes numérotées et datées.

A titre indicatif, voici quelques exemples accompagnés d'un bref commentaire :

Tout est écrit au crayon gris. Si un jeune naît, le jour prévu, on entoure cette date d'un cercle. S'il naît avant ou après la date prévue, on efface cette date et on la remplace par la date réelle que l'on entoure.

2°)La Fiche d'élevage

 Dès qu'une nichée est sevrée, j'établis la fiche d'élevage du couple. Les renseignements concernant les parents sont établis à partir de leur fiche

Individuelle (voir aussi le 3°). Les informations sur les jeunes proviennent de la feuille des données de base (cf. 1°). Les observations peuvent porter sur la taille, la couleur, certains défauts déjà remarqués (ongles manquant, bec croisé ou trop long, etc…). Par la suite, après les concours, on peut rajouter les pointages obtenus, certaines remarques des juges.

Lorsque les parents appartiennent à des combinaisons de mutations ou en sont porteurs, on peut inscrire au dos de cette fiche, les résultats théoriques en % d'un tel croisement à partir d'un tableau génétique. Il est ensuite intéressant de les comparer aux résultats réels.

3°) La Fiche Individuelle

 La fiche individuelle est établie à partir des fiches d'élevage. On pourrait aussi se contenter des fiches individuelles des parents et des données de base. Il vaut mieux les remplir au fur et à mesure qu'avance la saison d'élevage plutôt que d'attendre la fin de celle ci : c'est moins fastidieux. Personnellement, je les réalise toutes ; mais on peut ne remplir que celles

des bons oiseaux (c'est à dire, ceux que l'on garde pour soi en vue des concours ou de l'élevage de la saison suivante et ceux que l'on va céder à d'autres éleveurs). Les oiseaux qui partent en oiselleries ou chez des particuliers n'en ont pas besoin.

4°) Utilité du Cahier d'élevage

 On peut être un excellent éleveur et ne pas tenir de cahier d'élevage ; on peut choisir ses reproducteurs en fonction de leur phénotype (aspect extérieur) plutôt que de leur " pedigree " et sortir ainsi tous les ans de bons oiseaux. Mais ce n'est pas à la portée du premier venu : il faut une longue expérience des oiseaux et une excellente mémoire.

Dès que l'on dépasse un certain nombre de jeunes, ou que l'on se lance dans les combinaisons de mutations, le cahier d'élevage devient indispensable, d'abord pour soi et ensuite pour ceux à qui on cède des oiseaux.

Quitte à énoncer des évidences, voici quelques raisons qui peuvent inciter tout éleveur à tenir minutieusement ce cahier :

- Suivre individuellement chaque oiseau, chaque couple pour optimiser l'élevage : on peut ainsi retrouver les parents des oiseaux primés aux concours et reconduire éventuellement le même couple l'année suivante. A l'inverse, il y a des couples qui ne se sont pas entendus et il sera préférable de changer les partenaires.

- Eviter la consanguinité trop rapprochée en comparant les ascendances notées sur les fiches individuelles.

- Etablir l'arbre généalogique de ses oiseaux. On peut ainsi connaître le génotype de chacun et prévoir les résultats d'accouplements. On ne peut pas faire de génétique si l'on n'a pas le génotype exact de tous ses oiseaux.

- Utiliser toutes les remarques notées pour éviter de refaire les mêmes erreurs ou à l'inverse pour reconduire ce qui a réussi. Par exemple, je garde toujours plusieurs couples d'excellents nourriciers pour pallier à la médiocrité en ce domaine de certains couples en qui je fondais de grands espoirs.

En bref, le cahier d'élevage, " mémoire " de toute saison, permet de progresser et d'acquérir peu à peu de l'expérience personnelle. On ne peut cependant que penser à soi. Dès l'instant que l'on cède des oiseaux à d'autres éleveurs, on se doit de leur fournir un minimum d'informations sur les oiseaux qu'ils acquièrent : l'âge, l'ascendance et les mutations dont ils sont porteurs (ou susceptibles de l'être). C'est le rôle de la fiche individuelle dont l'usage est pourtant loin d'être généralisé. Pour ma part, j'estime que c'est la moindre nécessité vis à vis de ceux qui vous font confiance en vous demandant des oiseaux.

Conclusion

 L'élevage des oiseaux est un Tout. Il serait illusoire de penser qu'un cahier d'élevage parfaitement tenu suffit à régler tous les problèmes. Ce n'est qu'un élément parmi bien d'autres, sûrement plus importants : le choix judicieux des reproducteurs, la bonne conduite de l'élevage, la sélection rigoureuse des jeunes, la génétique, la connaissance des standards…

Le cahier d'élevage participe à la maîtrise de ces éléments et en est, en quelque sorte, l' " outil " indispensable.

NB : De plus en plus d'éleveurs utilisent des programmes informatiques de suivi d'élevage. Leur ordinateur a, en fait, remplacé le cahier d'élevage. Il serait intéressant que l'un d'entre eux fasse à son tour un article pour exposer sa façon de procéder.